Pourquoi ce blog

Ce blog sert à présenter les résultats d’une enquête sur des incidents étranges qui se sont produits à Laval entre février et mars 2006.

Pendant cette période de deux mois, un groupe de jeunes filles s’est fait connaître par des actions étranges. Des actes qui ont semé le malaise dans le quartier Chomedey, et qui ont cessé lorsque les policiers ont découvert leur cachette, mettant un frein à des plans de plus en plus destructeurs.

Cependant, l’enquête policière n’a jamais réussi à trouver l’identité de ces personnes. Nous avons réuni toutes les traces et toutes les informations que nous avons pu trouver sur cette histoire et nous les rendons publiques. Toute personne qui aurait des informations complémentaires peut les communiquer à thisplacemustburn@yahoo.com

Première apparition

La première manifestation des incidents de Chomedey se produit dans la nuit du 2 au 3 février 2006. Comme le rapporte le Courrier Laval, des résidents du quartier trouvent au matin des cartes posées sur leur pare-brise. Il s’agit de cartes de tarot de Marseille. Le tarot de Marseille, avec ses 22 figures allégoriques, est utilisé pour la divination depuis au moins le XVIII siècle.

Les cartes sont de plus signées à l’endos à l’aide d’un symbole, toujours le même sur toutes les cartes.

L’article du Courrier Laval affirme que le Service de police de Laval a été au courant de l’incident. Cependant, on ne se sait toujours pas combien de ces cartes ont été distribuées, ni par qui, ni ce que cela pouvait signifier.

Courrier inquétant

Entre la nuit du 5 et 6 février 2006, plusieurs habitants de Chomedey reçoivent des lettres énigmatiques dans leurs boîtes aux lettres. Au début, chacun pense être visé individuellement. Mais certains voisins se parlent et réalisent qu’ils ont reçu la même. On ne sait pas combien de lettres exactement ont été distribuées. L’affaire a apparemment été signalée au Service de police de Laval, puisque l’article du Courrier Laval du 8 février les mentionne.

Il est frappant d’ailleurs que l’article du Courrier semble inverser la chronologie, puisque selon l’information que nous avons recueillie, les lettres auraient été distribuées une semaine après et non avant  l’apparition des cartes de tarot sur les voitures. La journaliste du Courrier, qui a vraisemblablement été informée quelques jours après les faits, évoque les lettres de menaces, mais ne semble pas avoir assez d’informations pour en faire sa nouvelle principale. Les lettres sont donc évoquées, mais c’est les cartes de tarot qui font la manchette.

Cette lettre scannée que nous avons réussi à nous procurer par une des habitantes de Chomedey qui l’avait reçu, comporte plusieurs éléments intéressants.

  • Premièrement, l’utilisation d’un traitement de texte au lieu de l’écriture à la main laisse croire que ces personnes sont conscientes du fait que leur écriture peut servir à les identifier. Il ne s’agit donc pas simplement d’une blague, mais d’un geste prémédité posé par une personne, qui sait qu’il ne faut pas se faire attraper.
  • Ensuite, le papier a été traité avec un mélange qui l’a coloré (traces poudreuses à plusieurs endroits). Le mauvais état de conservation de la lettre que nous avons pu nous procurer ne nous permet malheureusement pas de savoir de quoi les lettres avaient l’air au moment où elles ont été distribuées. L’article du Courrier Laval mentionne aussi que les lettres auraient été fermées par un sceau de cire rouge.
  • Enfin, l’utilisation de certains mots élaborés permet de croire qu’elle a été rédigée par des personnes qui ne sont plus des jeunes adolescentes. Le mélange d’anglais et de français dans la lettre laisse peut-être supposer que le groupe était composé de personnes bilingues.

On ne sait pas vraiment comment les habitants de Laval qui ont reçu ces lettres ont réagi. L’ont-ils prise au sérieux? Certains se sont-ils interrogés sur les fautes qu’ils avaient pu commettre, se sont-ils demandé qui pouvait bien leur en vouloir? Ce que l’on sait du moins, c’est que la lettre menace clairement d’un futur passage à l’action, ce qui a pu susciter de la crainte chez plusieurs.

Des temps troubles à Laval

Au moment des événements, la mairie de Laval est occupée depuis déjà  plus de 15 ans par Gilles Vaillancourt. Les malversations et corruptions règnent à Laval. On construit du jour au lendemain sur des terrains protégés, on rase des boisés sans consulter les citoyens. Périodiquement, la police fait des arrestations dans les bars et même les écoles secondaires pour des histoires liées au crime organisé, mais ces événements sont très peu couverts par les médias et restent dans l’ordre des ouï-dire. Les Lavallois vivent dans ce climat où rien n’est clair, la communication entre la Ville et les citoyens est minimale. On sait que des grandes sommes d’argent sont détournées, on voit des “grosses cabanes” avec plusieurs voitures de luxe devant… On ne pose pas trop de questions.  Chacun se mêle de ses affaires, un point c’est tout.

C’est dans ce contexte que se produisent les faits étranges que nous décrivons. Bien qu’ils se produisent régulièrement, ils ne sont pas couverts par grands médias québécois, et font à peine l’objet de deux articles dans la presse locale. L’histoire ne semble pas beaucoup intéresser les journalistes, et il n’y aura jamais de véritable enquête, ni d’appel à témoins, dans cette histoire. Quant à la Ville, elle n’a jamais fait de communication officielle sur ce sujet. Il en tient donc aux simples citoyens d’essayer de faire la lumière sur cette histoire.

Un symbole pour signature

 

Attardons-nous sur le symbole dont ce groupe se sert pour signer ses méfaits.

Il s’agit d’une barre avec deux pieds en diagonale, ressemblant à un arbre à l’endroit, ou au signe de peace sans le cercle à l’envers.

On le trouve sur :

Les cartes de tarot

Les lettres de menaces

Un graffiti dans une roulotte de chantier (sur un mur) située au nord de Chomedey

D’après nos recherches, il s’agit d’une rune. La lettre EOLH, la 15e de l’alphabet runique. On le nomme aussi Algiz dans l’alphabet Futhark. Le Furthak est un alphabet qui serait apparu dans l’Europe du nord, autour du Danube ou encore dans les Alpes, autour du 3e siècle av. J.-C.

Les runes auraient toujours eu un usage double : alphabet pour la simple écriture, mais aussi outil divinatoire. En effet, chaque symbole (ou lettre) possède une essence symbolique. Elles sont utilisées en tirage, souvent par groupe de 5 (la Croix de Thor). Chaque lettre associée aux autres indique une direction, un sens, pour le consultant.

OELH

 

D’après L’esprit des Runes de Rey Claud, cette rune signifie protection, défense, bouclier qui repousse le mal. D’autres sources déclarent :

« Le pouvoir de soutien et de défense d’Ehlaz confère une grande protection contre toutes les forces ou influences, connues et inconnues, avec lesquelles chacun peut entrer en conflit. »

Avec le temps, EOLH est venu à représenter la vie, la vie humaine particulièrement.

Mais pourquoi avoir choisi un symbole aussi positif, aussi plein de vie? Il nous reste à envisager une hypothèse : EOLH inversé.

Lorsque les runes sont inversées, leur puissance est inversée également.

La rune EOLH à l’envers devient synonyme de mort, d’anéantissement. La légende veut que pendant la Seconde Guerre mondiale, les Allemands nazis l’utilisaient fréquemment sur les pierres tombales.

Signification

Si EOLH donne accès au divin, au plus que terrestre, plusieurs interprètent le symbole EOLH (ou Algiz) à l’envers comme un accès au monde des défunts. Le symbole s’y prête. Lorsqu’il est à l’endroit, on peut voir un humain les deux bras tendus vers le ciel, à l’envers, c’est au contraire des racines qui plongent profondément dans le sol… vers l’au-delà.

Selon certains, EOLH est aussi la rune de la peur, et de l’usage de la peur. EOLH inversé est aussi synonyme de guerre.

Un symbole très chargé. Un symbole qui change du tout au tout selon si on le prend à l’endroit ou à l’envers.

Le choix de EOLH inversé semble ici vouloir renvoyer à ce monde des morts, un au-delà qui ne veut pas laisser en paix les vivants… Ou bien est-ce une incantation à l’adresse des forces mortuaires?

Sur les traces d’une bande de filles marginales

Nous sommes allés à la recherche de témoins qui auraient pu avoir une idée sur les personnes qui ont commis ces actes.

Les habitants de ce coin de Chomedey avec qui nous avons parlé n’ont en général aucune idée sur l’identité possible des coupables.

Néanmoins, en recoupant différents témoignages, on arrive à un portrait flou. Certains résidents se souviennent d’une bande de 3  adolescentes se promenant souvent dans les rues, toujours ensemble et jamais avec d’autres jeunes.

Parfois, on les apercevait au parc Saint-Martin (adjacent à l’école secondaire Saint-Martin). D’autres se souviennent de les avoir vues flâner dans le stationnement du Tim Hortons de la rue Curé-Labelle au coin de Louis-Payette.

Personne ne mentionne chez ces filles des tenues extravagantes. Elles semblaient porter à peu près les mêmes vêtements un peu larges et sombres que bien d’autres jeunes de leur âge.  On mentionne aussi qu’elles étaient souvent en train de rire entre elles.

Cependant, plusieurs mentionnent qu’elles dégageaient quelque chose d’hostile, envoyaient des regards mauvais aux passants. Comme le mentionne un habitant de la rue Favreau, lui-même un peu plus vieux qu’elles au moment des faits, elles n’avaient pas l’attitude habituelle des adolescentes timides, qui cherchent à plaire. Elles semblaient au contraire en vouloir à tout le monde et n’éprouver que du mépris pour ce qui se trouvait autour d’elles.

Les gens à qui nous avons parlé n’ont pas été interrogés par les enquêteurs. La police de Laval n’avait pas fait de vraie enquête, n’avait pas activement cherché des témoins. On se demande si la police a vraiment pris cette affaire au sérieux.

 

Des traces sur myspace?

Dans ces circonstances, difficile d’avoir d’idée précise sur l’identité de ces filles que les gens ne voyaient que de loin. Ceux à qui on a parlé ne connaissaient pas leurs noms, ne savent pas à quelle école elles allaient. Mais une personne à qui nous avons parlé nous a donné un indice que nous croyons digne d’intérêt. Cette personne affirme que l’une des trois adolescentes pourrait être la même personne que le compte myspace dark_place3.

Cette personne raconte qu’en 2005-2006 elle faisait activement partie d’une petite communauté de profils myspace de jeunes adolescents de Laval. Ces jeunes ne se connaissaient pas tous en personne, mais se reconnaissaient par des contacts communs et s’abonnaient les uns aux autres.

Elle se souvient qu’un compte en particulier l’avait intriguée pendant plusieurs mois en 2006. Cette personne révélait très peu d’informations sur elle, et ne mettait jamais de photos d’elle-même, contrairement à la majorité des autres adolescents.

Et surtout, les photos que dark_place3 publiait étaient très sombres, parfois morbides. “On ne savait pas pourquoi cette personne partageait cela, ni qui elle était, et cela rendait le compte plus attirant, mais effrayant à la fois”, nous a confié la personne.

Plusieurs raisons l’ont menée à penser qu’il s’agit d’une (ou serait-ce un compte collectif?) des personnes qui ont sévi dans le quartier Chomedey. Premièrement, le fait que dark_place3 était abonné majoritairement à des comptes du réseau de jeunes lavallois, surtout autour du quartier Chomedey. Deuxièmement, parce que le moment où le compte a été actif correspond avec les moments où les activités étranges se sont produites à Chomedey (de janvier à mars 2006). Enfin, parce que les thèmes des photos rappellent bizarrement l’ambiance des cartes de tarot et des lettres de menaces.

Le nom du compte même donne des indices : dark place 3. Un endroit sombre, plus 3. Comme le trio de jeunes filles ? Trois filles dans un endroit sombre ?

Est-ce que c’est un appel à l’aide? Ce compte myspace était-il un moyen pour elles de communiquer avec le monde, de dire comment elles se sentaient vraiment, au-delà de leurs gestes violents dans la réalité? Comme bien des jeunes, ont-elles cru à travers le web que quelqu’un chercherait à les joindre, à les rencontrer vraiment?

Nous avons évidemment voulu aller consulter le profil de dark_place3, mais évidemment le compte a été désactivé depuis. Par contre, nous avons réussi à récupérer le contenu de la page en cache, ce qui nous a permis d’avoir accès aux dernières photos qui avaient été publiées par le compte. Les voici. Aucune n’est accompagnée de commentaires.

S’agit-il vraiment du compte d’une des jeunes apprenties sorcières ? Rien ne permet de l’affirmer avec certitude. À vous d’en juger.

Elles continuent de sévir

Graffiti trouvé sur une table au parc St-Martin, endroit où  les trois jeunes filles ont été souvent vues selon les témoins.

Entre le moment de la réception des lettres (6 février) et le mois de mars, plusieurs cas de pneus crevés pendant la nuit sont rapportés dans le quartier. Il n’est pas avéré que ce sont les mêmes personnes qui ont commis ces méfaits, mais il est aussi difficile d’écarter cette possibilité.

L’enquête aboutit… à un cul-de-sac

 

Photos de l’enquête policière que nous avons pu consulter

L’article du Courrier Laval du 15 mars 2006 “Découverte du repère des sorcières” nous apprend que le Service de police de Laval a été alerté par une citoyenne qui a vu des jeunes filles rôder autour d’une roulotte de chantier abandonnée. Les policiers se sont rendus à la fameuse roulotte, située sur le boulevard Cléroux, entre un boisé et des nouveaux développements.

La porte de la roulotte semble avoir été défoncée. À l’intérieur, les policiers ont découvert divers indices qui permettent de penser que cet endroit était utilisé par les mêmes personnes qui ont posé les gestes de malveillance dans les environs. L’indice qui a permis aux policiers de faire le lien avec les évènements de Chomedey est un graffiti sur un mur à l’intérieur, le même symbole qui se trouvait sur les cartes de tarot et les lettres de menaces. Nous avons déjà exploré la signification de ce symbole dans un billet précédent.

L’article du Courrier ne détaille pas en profondeur de ce qui s’y trouvait, mais en parlant à un ex-enquêteur de la police de Laval, nous avons pu avoir une liste plus détaillée. S’y trouvait un livre intitulé Le livre des connaissances interdites qui avait visiblement été annoté. Il y avait aussi divers éléments qui permettent de penser que des personnes y pratiquaient des rites: poudres, plantes, liquide étrange (serait-ce le même qui aurait été utilisé sur le papier des lettres de menaces?)

Photos de l’enquête que nous avons pu consulter

Enfin, le plus inquiétant que les policiers ont découvert est une carte dessinée du Carrefour Laval.  D’après l’enquêteur, il est tout à fait possible qu’elles prévoyaient provoquer un incendie au Carrefour Laval. Surtout que du liquide inflammable a été retrouvé sur place.

À l’intérieur de la roulotte
L’intérieur de la roulotte

Dans l’article du Courrier Laval, le sergent Deslandes, chargé des communications, ne fait que déclarer “des éléments qui permettent de penser que ces individus allaient passer à un niveau supérieur”, sans aller dans les détails. Peut-être qu’à l’époque la police préfère ne pas alimenter la panique de la population lavalloise? Ou peut-être que ayant pu empêcher le plan d’être mis en oeuvre, ils ont préféré ne pas donner d’idées à d’autres esprits tordus ?

Le saut de cire, surement le même que celui utilisé pour cacheter les lettres anonymes

 

 

La piste du livre de sorcellerie

Nous avons décidé de suivre la piste du Livre des connaissances interdites retrouvé à l’intérieur de la roulotte.

À la boutique Ô Trois Miracles, sur le boulevard des Laurentides à Vimont, nous avons parlé Louise G., patronne depuis plus de 10 ans. Ô Trois Miracles est le seul commerce dédié à la magie et spiritualité à Laval. Louise n’a pas de souvenir de trois jeunes ados fréquentant la boutique en 2005-2006 . Bien sûr, la boutique voit passer quantité de jeunes filles, attirées par les thèmes ésotériques: les sorts d’amour, les talismans. Sauf que Ô Trois Miracle ne vend pas de matériel de sorcellerie. “Il faut être prudent avec ces affaires-là” met en garde Louise. Ce n’est apparemment pas à ce commerce de spiritualité et magie que nos jeunes apprenties sorcières ont pu se procurer leur livre de sorts.

Le livre trouvé dans la roulotte de chantier “Le livre des connaissances interdites”, publié en 1991 par Cassiel.

La boutique a été visitée par un enquêteur de la police de Laval à l’époque des fats. Les policiers ont aussi cherché à exploiter la piste des boutiques de magie pour identifier les protagonistes. Fausse piste, visiblement.

Mais le territoire lavallois ne manque pas de magasin d’occasion, de ventes de garage et de bazars d’église. Se procurer des vieux ouvrages de magie n’est pas sorcier…

L’ouvrage comporte des marques au crayon à plusieurs endroits. Nous attirons l’attention sur le passage surligné suivant “L’important est de se souvenir que M. St Clair fut soit victime de la magie noire, soit, peut-être, de sa propre croyance inconsciente en la magie noire.”